La gestation pour autrui est une exploitation de classe, et les raisons de la légaliser sont de mauvaises raisons.

Samedi 28 mars, 60 personnalités et chercheurs ont lancé un appel pour la légalisation de la gestation pour autrui (GPA), autrement dit pour la légalisation de l'usage de mères porteuses.

Cet appel est un hymne à la solidarité avec les personnes infertiles : solidaires des couples infertiles, au nom de l’égalité des hommes et des femmes frappés d’infertilité, toute personne infertile doit avoir le droit de se faire aider par une autre.

Envers les mères porteuses, c'est le service minimum : la pratique, une fois légalisée, ne portera pas atteinte à la dignité de la femme
Nous pensons que la gestation pour autrui ne porte pas atteinte à la dignité de la femme si précisément elle est pratiquée dans des conditions claires et sûres, altruistes, dans le cadre de l’assistance médicale à la procréation, qui exclut toute marchandisation de la personne. Nous pensons que les dérives liées à la clandestinité des pratiques actuelles de gestation pour autrui n’existent qu’en raison de la prohibition depuis 1994.

Quelques signataires se sont expliqué-es pour le Monde

On y retrouve la nécessité d'aider les femmes infertiles. Mais aussi tout plein d'affirmations ou de souhaits quand aux mères porteuses :
- cette pratique ne conduira pas à une marchandisation du corps humain (c'est rigolo d'utiliser "humain" pour un truc spécifiquement féminin) si on rembourse seulement les frais
- les mères porteuses considèrent cette grossesse comme un don et ne se sentent pas la vraie mère
- vu que ça se pratique, laissant des enfants sans filiation, faut légaliser
- vaut mieux que les mères porteuses aient eu des enfants et ne portent pas pour leur fille ou leur soeur
- la mère doit avoir la possibilité de garder l'enfant à la naissance
- ces pratiques sont irréversibles et sont de mieux en mieux acceptées

En Juin 2008, un rapport du Sénat a proposé de légaliser la pratique dans les conditions suivantes :
- seulement aux couples hétérosexuels mariés ou concubins depuis plus de deux ans (c'est pas parce qu'on autorise une nouvelle exploitation des femmes qu'on n'est pas farouche partisan-e de l'ordre moral)
- si la femme ne peut mener une grossesse à terme (dommage pour celle qui pense que ce serait top de pouvoir faire porter ses enfants pour pas s'abîmer, un nouveau job de proximité à créer)
- si l'un des membres du couple est parent génétique
- la gestatrice devra avoir déjà un enfant, ne pourra porter le bébé de sa fille
- la gestatrice ne sera pas la mère génétique (rappelons qu'aujourd'hui, il s'agit souvent d'une location d'utérus + fourniture de l'ovule, un pack 2 en 1, avec simplement insémination par le sperme de l'homme)
- faudra l'autorisation d'une commission et d'un juge (c'est pas parce qu'on autorise une nouvelle exploitation des femmes qu'on renonce à juger les gens)
- pas de rémunération mais un dédommagement raisonnable (une sorte de rémunération, quoi...)
- la mère porteuse pourra changer d'avis et garder l'enfant mais pas les parents, leurs noms seront automatiquement à l'État-civil (mais alors, si elle change d'avis la mère preneuse pourra pas accoucher sous X et sera obligée de faire un abandon, classe !)
- elle ne pourra pas conduire plus de deux grossesses pour autrui

Mais c'est quoi cette idéologie qui veut que tout désir d'enfant doit être satisfait de façon biologique ? Si on réfléchissait plutôt à la possibilité d'avoir une vie complète et parfaitement satisfaisante sans devenir parent ? Si on combattait l'idée qu'avoir un enfant issu de ses propres gènes est un droit et pas seulement une possibilité que parfois la vie n'offre pas ?
Cette exigence n'a-t-elle pas été renforcée (créée ?) par le développement des techniques de procréation médicalement assistée qui font durer l'espoir inutilement (si on le rapporte à la faiblesse de leur taux de "réussite") ?

L'argument selon lequel, parce qu'une pratique existe et a des conséquences sur des humains, faut la légaliser me paraît un peu court. Le rapt d'enfants pour adoption est une pratique qui existe, avec pour conséquence des problèmes de filiation s'il est révélé, légalisons-le, ou légalisons les conséquences. Évidemment, il ne s'agit pas tout à fait de le même chose, mais l'argument est tout aussi valable. La vente, et le vol, d'organes sont des pratiques qui existent, légalisons-les.

L'illégalité de la pratique chez nous entraîne des dérives et l'enrichissement d'intermédiaires comme l'écrivait le Figaro madame en juin 2008
Depuis peu, l’Europe de l’Est figure parmi les destinations de choix des couples européens confrontés à l’infertilité. Tarifs low cost et législation plus souple, les agences et cliniques spécialisées dans le baby business s’y sont multipliées : on en recense une vingtaine en Ukraine, dix-sept en République tchèque et une quarantaine en Pologne. Le coût des programmes de « maternité de substitution » s’échelonne entre 15000 et 30 000 euros, « une moyenne ». À titre de comparaison, il faut compter plus de 50000 dollars pour un enfant made in America contre seulement 10 000 en Inde, la nouvelle destination à la mode du tourisme procréatif.... Le dédommagement de la mère porteuse ne dépassant généralement pas les 3 000 euros, la marge des médecins, juristes et sociétés intermédiaires reste plutôt confortable.
Certes. L'illégalité des ventes d'armes aussi entraîne trafics et enrichissement de mafieux, celles de vente de drogues itou. Faut donc légaliser et ça ira mieux (excluons le cannabis de l'exemple...).

Mais surtout, au-delà de ses arguments du fait accompli, comment peut-on admettre de faire vivre à une femme, simplement pour satisfaire le désir d'enfant d'un couple, les éventuelles difficultés d'une grossesse (avoir déjà eu un enfant serait un vaccin contre les soucis...) et les conséquences éventuelles sur son corps (négligeables évidemment quand il s'agit de son propre enfant, mais néanmoins souvent réelles). Sans compter les difficultés psychologiques de l'abandon qui doivent bien des fois se produire (même si les personnes favorables disent que c'est pas un abandon, la gestatrice, elle a pas investi la grossesse).

Il s'agit simplement de pallier l'absence de l'utérus artificiel que la science est un peu longue à mettre au point. Mais on doit bien pouvoir trouver quelques femmes fauchées pour faire le job.

Venons en aux motivations des mères porteuses, à cette idée si altruiste de don. Des femmes équilibrées auraient envie de porter un enfant pour des parents inconnus sans intérêt économique ? Admettons qu'il y en ait quelques-unes (même si on peut s'interroger sur les fondements psychologique de ce genre d'altruisme).

Mais on sait que, comme c'est déjà le cas, la majorité des femmes ne feront cela que par nécessité économique. Que ce sont les femmes les plus pauvres et les plus vulnérables qui porteront pour les plus riches. Toutes les jolies histoires qu'on nous raconte racontent la différence de situation sociale entre la mère porteuse et le couple qui veut un enfant.

Une chose est sûre, on a jamais vu une généreuse chirurgienne française porter un enfant pour une ouvrière indienne.
Pas une exploitation de classe ? Allons....

PS 1 : Cette pratique, ou plutôt une sorte de "don d'enfant" a toujours existé très marginalement, dans la discrétion, entre soeurs ou cousines. Sans argent, sans voyage et sans petites annonces sur Internet. Elle appartient aux relations humaines proches. Et n'est pas l'objet de ce texte.

PS 2 : Je me demande aussi quelles difficultés rencontreront des enfants portés sans investissement.

PS 3 : Quand la gestatrice est en couple, quel intérêt autre qu'économique aurait son compagnon a accepté cette grossesse ? L'altruisme...