Quelques sous (un rappel de RSA, enfin...) et je me suis abonnée à des revues anars, et à Fakir. Pas le temps que le chèque soit encaissé et il publie ça.

La sex machine d'Eugène
On se rendait à une énième fermeture d’usine. La routine.

Le journalisme engagé, sur le terrain de la lutte de la classe ouvrière.

Sauf qu’un étrange instrument est sorti d’un casier… Un godemiché.
Oui, un godemiché.
Un godemiché, là, mais géant, spécial jument.

On sent bien l'admiration du journaliste, à la fois pour le côté iconoclaste de la présence d'un gode dans un casier d'usine, et pour la taille de l'objet. Il le voit spécial jument, mais ne sera pas dérangé par sa destination réelle "enculer les gonzesses".

« Qu’est-ce que ça fout là, ça ? »
Eugène me tend son téléphone portable. Sur sa vidéo amateur, une femme à quatre pattes se fait pénétrer par ledit gode, mais monté sur une sorte de machine. « C'est moi qui l'ai fabriquée : c'est une fucking machine », lance-t-il en riant. « Une machine à enculer les gonzesses », traduit Rémi, pour les non anglophones.

Quel peut être le but d'une machine à "enculer les gonzesses". Le plaisir ? Lequel ? De qui ? Ou juste la volonté de dominer, de faire mal, d'avilir ?

Quelques semaines plus tard, l'usine a fermé. Et j'ai rappelé Eugène, qui est arrivé avec son engin, l'a posé sur mon carrelage. Je jette un œil à la fenêtre : que mes parents n’arrivent pas à ce moment là, ou des copains, à qui je devrais de longues exégèses sur le pourquoi du comment je me retrouve en compagnie d’un petit chauve et d’un méga-gode mécanique. « T'entends le bruit que fait le moteur au démarrage ?" Eugène est fier de son travail. Il va me raconter ça, son savoir-faire d'électro, comment il a récupéré des pièces dans sa boîte, et les soirées échangistes, et s'il l'avoue à sa femme ou pas, et comment la vie continue malgré le chômage.

Hop, après le sexisme, un tit chouïa d'homophobe. Faut être discret, sinon va falloir expliquer aux copains qu'il est pas pédé.
C'est vrai que le travail en perruque c'est admirable, la récupération de pièces et de temps sur le dos du patron, subversif.
J'espère qu'il y a une interview de "sa femme", avec son point de vue sur la question et sur sa relation avec le joyeux luron si doué de ses mains (pour fabriquer des machines à "enculer les gonzesses")

Mais pour vous régaler de tout ça, mes loulous, va falloir cracher 3 € chez le marchand de journaux pour le dernier Fakir (numéro 46, été 2010)...

M'étonnerait que Fakir vise un lectorat féminin. Lutte des classes oui, mais dans le plus joyeux machisme décomplexé (puisqu'on est de gauche et que c'est de l'humour).
Ben non, c'est juste un article d'un sexisme lamentable, qui considère les femmes comme des trous à bourrer.
Comme je suis une brave fille, j'ai eu une pensée attristée pour le membre de l'équipe Fakir qui trouve cette image de la sexualité sympa et une pensée encore plus attristée pour les femmes qui partagent son lit.

Et comme Fakir tient toujours ses promesses, voici la vidéo ludique de cette machine à découvrir sur la page Fakir de Dailymotion.

Y'a même deux vidéos, où on voit un gode imitation verge (pas stylisé, un "vrai", avec les veines et le gland) monté sur un système mécanique qui lui permet de pistonner à petite et grande vitesses. Là, écoeurée mais créative, je me dis que la même machine avec un gant de boxe au bout aurait eu bien des usages anti-capitalistes et anti-sexistes.


Mise à jour du 22 juillet à 11h30. Fakir a publié mon billet et la réponse de François Ruffin. Je crains de voir arriver une cohorte supplémentaire de défenseurs (ça manque de défenseuses) du canard. Alors je reprécise :
Je ne parle pas d'aimer ou pas le sexe. Je suis même persuadée que le sexe peut être subversif. Mais là, on ne parle pas de sexe mais de rapport de domination : une machine à enculer les femmes (pas à enculer celleux qui aiment), fabriquée par un homme qui le cache à sa femme (j'ai rien contre l'adultère caché, même si j'ai plus de sympathie pour le polyamour assumé) tellement c'est libérateur et joyeux, présentée comme dotée d'un gode adapté aux juments. Jamais il n'est fait mention de plaisir ou de désir, du moins pas de celui des femmes.
C'est seulement du fantasme de domination virile.

Les comms sur le mode "t'écris ça parce que t'es coincée du cul" seront virés pour hors sujet aggravé et récidiviste

Punaise, avec tout ça, mes client-es vont manger pas cuit :-((

Mise à jour de 22h ou presque : Fakir illustre sa réponse sur son blog par un dessin dont le ressort comique est une femme qui est incapable de distinguer un godemiché à moteur d'un robot ménager. Y'a tout dans ce dessin : la femme un peu bécasse confinée à son univers ménager et l'homme qui l'a échappé belle... C'est pas du sexisme, c'est de l'humour :-((((((((