Aujourd'hui parait un livre intitulé "Bertrand Cantat - Marie Trintignant : L’amour à mort". Ce titre est stupide, il ne s'agit pas d'amour, mais de violence. Et de violence habituelle de la part du chanteur.

Dans ce livre, on trouve le message audio que la femme de Bertrand Cantat a laissé sur le répondeur de ses parents 6 mois avant de se suicider.
Il était retourné auprès d'elle après sa sortie de prison pour avoir cogné jusqu'à la tuer sur sa compagne Marie Trintignant.

Tous les médias reproduisent ce message mais je le trouve si bouleversant, si important, si exemplaire de ce qu'est la violence conjugale et la tolérance envers elle, que j'en remets une couche. Des gens savaient, des ami-es du couple, les parents, la soeur, sans doute bien d'autres et personne n'est allé démolir l'ordure qui terrorisait cette femme. Personne n'a rien fait.

Et toutes les campagnes de prévention ne servent à rien, une femme terrorisée n'a pas su où et comment trouver du secours. Sa seule porte de sortie a été le suicide.

Il n'y a qu'une solution : faire rentrer dans la tête des hommes qu'ils n'ont pas le droit de violenter les femmes, contrairement à ce que la société entière leur laisse entendre. Comment on réussit ça ?

Le message est là :

Allô, salut Maman, salut Papa, c'est Cini qui parle, il y a très longtemps qu'on ne s'est pas parlé, depuis un de mes téléphones, le mobile, n'existe même plus, seulement l'autre, mais je vois qu'entretemps vous avez pu le trouver.
Ici beaucoup de choses se sont passées et des pas bonnes, c'est pourquoi je ne savais vraiment plus quoi vous dire, et donc je ne vous appelais pas, et après ça faisait si longtemps que je ne vous avais pas appelés que je n'osais même plus vous rappeler sans savoir que dire, comment vous expliquer la raison pour laquelle je ne vous avais pas appelés, le cercle vicieux, même quand on a quarante ans.
Hélas, je n'ai pas grand-chose de bon à vous offrir, et pourtant il aurait semblé que quelque chose de très bon m'arrive, mais en l'espace de quelques secondes Bertrand l'a empêché et l'a transformé en un vrai cauchemar qu'il appelle amour. Et j'en suis maintenant au point, alors que j'avais du travail pour tout ce mois-ci, ce qu'il ne supporte pas, qu'hier j'ai failli y laisser une dent, tellement cette chose que je ne sais comment nommer ne va pas du tout, [inaudible], mon téléphone, mes lunettes, m'a jeté quelque chose, de telle façon que mon coude est complètement tuméfié et malheureusement un cartilage s'est même cassé, mais ça n'a pas d'importance tant que je pourrai encore en parler.
Mais... puisque nous avons donc décidé de revivre ensemble et que Bertrand, n'est-ce pas, est à nouveau amoureux de moi et ne peut vivre qu'avec moi, ce qui serait bien s'il était possible de vivre avec lui, mais on ne peut pas, et voilà. Milo est en Allemagne, à Augsburg [ ?] jusqu'au 21, et j'ai essayé, et j'essaye, de vivre de telle manière que je ne sois pas obligée de fuir, car soit il sera déjà trop tard pour fuir faute d'être encore en état pour le faire, soit je réunis mes forces maintenant et je m'enfuis avec Liszka, mais sans même savoir où.
Entretemps j'ai loué l'appartement à notre nounou avant-hier, donc à partir de juillet, mais de toute façon, nous ne devrions pas aller à Budapest, peut-être à Györök, que sais-je... Nous ne voudrions pas revenir vivre à Budapest, plutôt partir pour un autre pays, seulement, avec Bertrand dans un état aussi grave, on n'arrive pas à réfléchir la tête claire et, de peur, on ose à peine respirer. Ainsi, je ne sais mais il est possible que nous apparaissions soudain, pour rester un temps à Györök, et puis je repars en laissant là-bas Liszka, je ne vois pas comment faire autrement. Ensuite, avec un peu de chance, si j'en ai la force et qu'il n'est pas trop tard, je déménagerai dans un autre pays et je disparaîtrai simplement, car je dois disparaître, et j'enverrai quelqu'un pour récupérer mes affaires et me les transporter avec mon autorisation, je ne sais pas, tout simplement je ne sais pas comment je dois faire, je n'ai aucune idée de ce qu'il faut faire dans ces cas-là.
Mais je n'ai pas voulu vous parler de tout ça, naturellement vous pouviez deviner qu'une série [d'événements] encore plus regrettable a eu lieu que celle de 2003, car à l'époque cela ne m'était pas arrivé à moi, tandis que maintenant cela m'arrive, et déjà à plusieurs reprises j'ai échappé au pire, et puis c'est intenable, les enfants n'en peuvent plus, et Furi était au courant, mais bien sûr il s'agit d'un énorme déraillement, je l'ai appelée peut-être deux jours après son anniversaire et elle m'a promis de ne rien vous dire, même si parfois c'est pire de fantasmer sur quelque chose que d'apprendre la vérité, mais vous ne sauriez imaginer pire que ma vision de la chose, et Bertrand est fou, il croit que c'est là le plus grand amour de sa vie et que, mis à part quelques petits déraillements, tout va bien.
Et tout le monde, bien sûr, dans la rue le considère comme une icône, comme un exemple, comme une star, et tout le monde désire que pour lui tout aille bien, et après il rentre à la maison et il fait des choses horribles avec moi devant sa famille.
Voilà c'est tout ce que j'avais à dire, Liszka a eu de très bons résultats, seulement elle n'arrive pas à se concentrer, pour Milo, en principe ça pourrait encore s'arranger en fournissant un excellent travail, mais le professeur dit qu'elle n'est pas assez concentrée même si ses résultats sont parfaits, tandis que Milo pour la même raison ne peut absolument pas se concentrer et ses résultats sont loin d'être parfaits, sa moyenne a fait une chute énorme, énorme, dans le quatrième trimestre, depuis mars.
Voilà, c'est tout, et j'espère qu'on va pouvoir s'en sortir et que vous pourrez encore entendre ma voix, et sinon, alors vous aurez au moins une preuve que... mais des preuves il y en a, les gens dans la rue et nos amis, car ce qu'ils ont vu hier quand Bertrand a tout cassé, et j'ai eu peur que pour une fois cela ne se passe pas chez nous mais chez nos amis, et donc si telle chose devait arriver, ils pourraient témoigner, même si un témoignage n'aurait aucun sens car tel que je connais Bertrand, il se suiciderait, et alors les enfants resteraient là, orphelins.
J'aimerais tant l'éviter, seulement on ne peut s'en sortir saine et sauve, et cet état psychique n'est pas non plus propice pour bâtir une relation de couple. Voilà ce que je pouvais en dire brièvement et j'espère que vous allez mieux au cas où nous ferions notre apparition afin que vous puissiez nous supporter et nous aussi vous supporter, car nous ne sommes ni agréables ni joyeux, et nous serons revenus de tout. Je vous embrasse.


Elle craignait que, démasqué, il ne se suicide. Chiche ?