Avortement libre et gratuit. Ce vieux slogan revendicatif n'a pas pris une ride (même s'il est peu vraisemblable qu'un slogan prenne des rides, ou des cheveux blancs).

On calcule ensemble : 50-12 = 38 ans * 13 cycles = 494 occasions de tomber (les mots ont un sens ?) enceinte.
En France, 40 % des femmes avortent au moins une fois dans leur vie. La majorité des femmes qui avortent sont contraceptées.
Avorter est un acte banal.

Mais c'est aussi un acte autorisé du bout des lèvres par ses partisans les plus tièdes et que les crétins réacs veulent interdire.

Les partisans tièdes étaient majoritaires à l'Assemblée nationale lors du vote de la loi de dépénalisation, la notion de « détresse de la femme » était nécessaire pour faire avaler la pilule (hi hi hi) aux législateurs. Aujourd'hui un amendement est présenté avec la loi sur l'égalité entre les hommes et les femmes : la femme enceinte qui "ne veut pas poursuivre une grossesse", et non comme précédemment "que son état place dans une situation de détresse", peut "demander à un médecin l'interruption de sa grossesse".
L'idée vient d'un rapport du Haut (lala) conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes. On se demande quand même comment il est possible que des député-es PS (j'allais écrire socialistes, un instant de distraction...) aient déposé un amendement qui rendra enfin l'avortement libre parce qu'inconditionnel.

Mais les crétins réacs qui ont combattu la légalisation n'ont pas disparu avec les sanctions contre l'avortement. Une quinzaine d'entre eux, député-es UMP, ont déposé un amendement complémentaire au précédent (de repli...) qui prévoit de dérembourser l'IVG parce que « si la notion de détresse est supprimée dans la définition de l’interruption volontaire de grossesse, les conditions de remboursement de l’acte par la sécurité sociale ne sont plus remplies. »
Ça a le mérite de la clarté : si t'es dans la détresse, tu seras remboursée (mais tu devras donc être malheureuse). Si tout va bien, pas de remboursement, espèce de dévergondée !!!

Dans les pays où l'avortement est illégal, il ne disparaît pas, seulement de nombreuses femmes meurent en avortant. Quand il n'est pas remboursé, seules les femmes suffisamment riches en bénéficient.
Et nos crétins réacs, enthousiasmés par ce qu'on réussit leurs homologues espagnols : rendre l'avortement libre impossible puisque possible seulement en cas de viol déclaré ou de danger certifié par deux médecins, se disent que ça va passer ici aussi.

D'autres crétins réacs, stimulés aussi par les crétins réacs espagnols, manifestaient hier dans les rues de Paris. Avec des slogans aussi futés que :
- "arrêtez de nous avorter", "faudra-t-il aller en Espagne pour le garder ?". Parce que en France, y'a des femmes obligées d'avorter, tous les jours !!!
- "syndrome post avortement, parlons-en". Parce que les anti-IVG ont inventé le syndrome post avortement, un traumatisme qui frapperait les femmes qui ont avorté. Parlons-en : ça n'existe pas (par contre des études attestent du traumatisme lié à la naissance d'un enfant non désiré), c'est juste un argument qui veut faire sérieux. On tue des bébés, ça marche plus, tout le monde a réalisé que quelques cellules ou 3 cm, c'est pas un bébé. Alors fallait un autre argument, en plus çui-là, il a l'air de s'intéresser aux femmes...

Le 1er février une manifestation défendant le droit des femmes à avorter aura lieu à Paris, en écho et en soutien à celle de Madrid.