Séquence Amélie Poulin chez not' guru. La boite à souvenir retrouvée quand on s'y attend pas, le souffle chaud des remontées de nostalgie, par petites bouffées qui te bloquent le sternum. Humm ! que du bon, allez en picorer dans son Ashram, ça fait du bien à l'âme.

Dans ces années-là, pour moi, il y avait la stratocaster, guitare emblème de ces années musicalement si prolifiques. Presque vingt ans à trôner au sommet des ventes, propulsée par tous les guitare héros de mon adolescence.

J'avais quinze ans, mes copains venaient de former leur groupe autour du fils à papa qui s'en était fait offrir une. Chère, très chère, même à l'époque. La (grande) maison de ses parents offrait une cave de répète, capitonnée de boites d'oeufs, qui me bluffait totalement. La cave de mon père, c'était bricolage/jardinage, zone interdite. Et la guitare, pour moi, c'était Fernando Sor et Villalobos. Une passion pour l'instrument, contractée à onze ans au cours de si ennuyeuses vacances que seuls sont capables d'en imaginer des parents. Ce qu'on pouvait s'emmerder en vacances, c'est pas pensable. A l'époque, l'horizon indépassable s'appelait Costa brava. Déjà, rien que le nom...mais bon, au détour d'une ruelle, un luthier, un coup de foudre. Qui allait me bouffer les doigts, trois heures par jour au minimum, dès cet instant.

Et là, dans la cave de mes potes, la strato neuve, posée sur son trépied. Entre deux cours de "classique", je m'essayais bien, d'oreille, à imiter les trucs que j'écoutais en douce, mais les "cordes nylons", ça sonnait pas pareil, rien à faire.

- "Je peux ?".
- "Tu sais en jouer ? vas-y mais fait gaffe, elle est neuve, hein".

Tu penses si j'ai fait gaffe. Tu m'aurais mis un truc en cristal ouvragé dans les mains, j'en aurai pas tremblé autant. Les premières notes passées à dompter la bête, j'ai mis en marche la pédale de distorsion, et ...le coup est parti tout seul. Un long, long cri défouloir, qui alla se perdre dans les boites à oeufs. Un quart d'heure plus tard j'ai fui cette cave, mes parents m'attendaient et ça rigolait pas avec les horaires. Ils ne surent jamais rien de cet épisode, je ne remis jamais les pieds dans cette cave malgré les demandes insistantes de mes potes. Trois ans plus tard, je ne le savais pas encore mais je laisserai ma guitare dans sa housse pour longtemps. Très longtemps.

Un quart d'heure qui allait rester suspendu dans le rien pendant vingt-cinq ans.

C'est mon Amélie à moi qui allait faire exploser le couvercle de la boite à souvenirs, un soir d'anniversaire, sans faire exprès. M'ayant vu caresser ma "vieille" guitare sortie de sa housse depuis quelques mois pour me dérouiller les doigts (en fait depuis que j'avais vu mes enfants jouer en concert, ensemble, un morceau des Beatles), elle eut l'idée de me chercher une bonne raison de me remettre "sérieusement" à la musique. Et quelle meilleure raison qu'un nouvel instrument ? Electrique, tant qu'à faire, pour jouer en groupe, puisque c'est l'idée qui me trottait depuis que mes doigts se sentaient mieux à l'instrument.

Et devinez, en cherchant une occasion pas trop chère, ce qu'elle a bien pu dégoter comme guitare ? et pas une imitation chinoise, hein ! une d'époque, made in USA, "dans son jus". En ouvrant le boîtier de l'instrument, j'ai bien cru que j'étais en train d'imploser. Imploser, j'ai pas de mots plus justes pour vous le dire. Vous voyez, la scène du film où le personnage se liquéfie. Voilà, quelque chose d'approchant, les débris de la déflagration en plus.

Depuis ce jour, j'ai trouvé un groupe, je vais bien, mes doigts aussi. Il y a des cuivres, on fait du jazz, j'ai débranché la distorsion de la strato et je cherche une Gibson... pas trop chère.

J'ai écrit ce billet lorsque je me suis aperçu qu'il était un peu trop long pour être un commentaire du sien. Merci, vraiment, à Swami de me l'avoir inspiré.