Il n'y a pas longtemps, l'un de vous me faisait remarquer que je trifouille du mulot dans la toile depuis le Crétacé de l'internet. Petite réflexion qui m'a permis de vérifier que les mêmes choses qui m'y rabotaient les nerfs hier me les laissent toujours à vif aujourd'hui.

Prenez par exemple les sites pédophiles. Tarte à la crème des censeurs du web depuis la mort annoncée du Minitel, il semble que ce cheval de Troie des réactionnaires et des actionnaires des entreprises du NASDAQ soit en passe de faire voler en éclat l'internet que vous aimez, amis lecteurs. Si vous avez parcouru le texte de ContreInfo dont parlait Swâmi dernièrement, vous avez une idée de la chose.

Je ne vous parle pas ici de la pédophilie et des sites y afférant (*), mais bien de son instrumentalisation politique. Honteuse opération qui prend son rythme de croisière aux alentours de 1998, au moment où, conjointement, le public Français est envahi de propositions commerciales d'abonnement, et Internet devient opportunément un "espace de non-droit" dans le discours politique français. Epoque où tombent des décisions de justice délirantes, dans la plus grande incompréhension de ce qu'est le réseau. Enfin, surtout de ce réseau que portent certains avec enthousiasme depuis que les premiers fils de téléphone relient les premiers ordinateurs.

Pourquoi je dis "honteuse" instrumentalisation de l'opinion publique ? parce qu'à cette époque nous avons été un certain nombre à assister, incrédules, à ce que je ne peux appeler autrement qu'une vaste manipulation. La rumeur, qui amalgamait nos repoussoirs institutionnels dans le vocable bien pratique et sur-médiatisé de "pédonazis", cette rumeur donc, parlait en effet de sites introuvables pour le commun des "surfeurs". Phénomène frappant pour l'adepte des premières heures de l'histoire du réseau, l'immense majorité des sites pédophiles est déjà entrés en clandestinité lorsque l'hypocrite campagne de dénigrement de ce média débute. Cédant sous la poussée des enquêtes de quelques gendarmes opiniâtres qui n'ont pas attendus le législateur pour s'allier à quelques hackers et traquer la bête en sa tanière, les sites pédophiles sont devenus "réseaux", cryptés et difficiles à infiltrer, bien avant que ma voisine ne s'émeuve de leur existence.

Je sais aujourd'hui que, face à cette campagne, nous (la bande de frappés de la première heure dont je ne reste qu'un fort modeste observateur amateur, plus impliqué en militant qu'en technicien) avons commis des erreurs de jugement. Convaincus qu'il suffirait de dénoncer la supercherie pour que tombent les masques liberticides, nous n'avons pas pris la juste mesure de la ténacité de la réaction. A l'époque où tout mon voisinage envisageait timidement de se connecter et ne manquait pas une occasion de m'en parler (un vieux-de-la-vieille, tu penses !), j'ai gagné énormément de paris en misant sur le fait que personne ne saurait me fournir l'adresse internet d'un site pédophile accessible à un enfant, comme ils l'avaient entendu à la télé. J'étais con. J'aurai mieux fait de consulter la bande de hackers fous programmeurs de mes connaissances pour réunir ces quelques adresses, si elles existaient pour me donner tort, en un pack de surveillance parentale libre et gratuit, avec remise à jour à partir d'un site où les parents se seraient connectés périodiquement.

Aujourd'hui, les sites pédophiles ne sont pas plus accessibles aux enfants qu'en 1998, je gagnerai encore l'apéro chez mes voisins, les solutions libres de contrôle parentale qui existent n'ont convaincu personne, et nous avons laissé le champ libre à une bande d'assoiffés de pouvoir et d'argent, qui transforme ce qui devrait être des parents responsables en assistés inconscients des enjeux que recouvre, pour leur propre liberté, cette "Charte de l’Internet" passée avec des entreprises privées dont l'actualité récente ne cesse de nous démontrer que la démocratie n'est pas leur priorité. Nonobstant(*) ce qu'elles en diront.

A titre personnel, je le regrette énormément.

Fin de l'autocritique.

Et je les emmerde.


(* j'adore placer ça. "y afférant", on dirait de l'Eolas, et "nonobstant" du Fontenelle :-) )