Il y a quelques temps, nombre de casernes de pompiers ont fait l'objet d'un grand remue-ménage suite à la découverte fortuite de quelques menues inadaptations structurelles issues d'une politique de recrutement ayant entraîné une brusque montée en puissance de la mixité, aussi imprévue qu'envahissante. Le temps qu'on s'aperçoive que la vie en caserne était faite de moments où, en fin de compte, la promiscuité sexuelle pouvait poser quelques soucis d'intimité (chambres, douches, vestiaires, etc), les ...pomp[ières][iettes](?) étaient sorties des centres de formation et prenaient leurs tours de gardes.

Bref, s'apercevant que les magasins d'ateliers manquaient de peinture rose, nos braves pompiers ont été obligés d'engager des travaux de restructuration massifs. En région Parisienne, des chantiers simultanés ont ouverts dans tous les centres de secours de la grande couronne de banlieue. Certains centres ont profité de l'occasion pour redonner un coup de fraicheur à des locaux qui n'avaient pas dû voir un pinceau depuis qu'on a mis les chevaux à la retraite et réformé les écuries.

Nous en sommes là, il est 8h00 ce matin de printemps, et je débarque dans cette caserne pour la réunion de chantier. La mezzanine-cafétaria, où nous sommes réunis, surplombe le hangar à camions, vide. Les peintres ont attaqués ce hall la semaine dernière. Je suis accoudé à la rambarde, et je regarde le chantier en contre-bas, comme les autres, en sirotant mon café. Une poignée de gars qui parlent pas la langue, en dessous, démarre une journée semblable à d'autres, mais il y a celui-là, en plein milieu, qui aimante mon regard d'un coup.

Le hall fait 11.00m de haut en son centre. Pour atteindre le faîtage avec son rouleau de peinture blanche, notre Léonard de banlieue tient à bout de bras une longue perche qui parait le déséquilibrer un peu à chaque mouvement. Rien d'étonnant lorsqu'on voit qu'il est debout sur la pointe des pieds, au sommet d'un escabeau qui devait déjà être en service du temps des écuries. Escabeau qui, lui, est posé sur le dernier plancher d'un échafaudage d'aspect vraiment fluet, auquel il manque toutes les pièces de renfort et dont les montants verticaux se tordent en vrilles légères dès que bouge le rouleau de peinture.

Des tas de photos "rigolotes" de ce genre de bricolage circulent ad nauseum sur internet, sauf que ce matin, c'est sous nos yeux, en vrai. Je me retourne, les yeux écarquillés, vers le gradé responsable du centre. La moitié du plafond du hangar est peinte, ce gars n'est pas là d'aujourd'hui.

- "Ah non, bien sûr, il fait ça depuis le début de la semaine".
...

- "Et...?"
...

-"Oh moi, vous savez, mon métier c'est de les ramasser".