J’ai vu cette photo de Martin Parr, aujourd’hui. En vraie grandeur : 1.50m de haut, au beau milieu de l’expo que le Jeu de Paume lui consacre. La série s’appelle « Luxury ». Il est allé chez les riches pour ramener une moisson de témoignages édifiants. Je dois vous confesser que j’ai aussi un truc pour entretenir ma colère. Un peu du même genre que CSP avec les commentateurs du Fig’Mag’, voyez. Moi, de temps en temps, pour faire grincer mon nenurone, je vais mater les riches. Les vrais, hein, pas les gagnants du Loto. Et pas sur leurs sites internet. En vrai.

Enfin bon, là, c’était en photo. De la belle, vraiment. Et cette expo m’a regonflé à bloc, pour vous dire. Ce portrait, en particulier. Sur cette miniature on ne se rend pas compte (ah ! la puissance du « contexte »), mais ce visage très fashion, en 1.50m de haut, tout d’un coup c’est la secrétaire particulière du comte Dracula. Sauf que là, bien sûr, c’est juste une nana chez les riches de Moscou. Mais ce regard halluciné, penché en avant, et ce sourire carnassier, vous explosent une évidence à la gueule : ces gens ne lâcheront rien.

Il faudra leur péter la mâchoire.

Il y a des signes qui ne trompent pas. Comme j’habite pas trop loin de Versailles, et comme je vous ai dit mon vice, des fois j’y vais. Pour mater. Versailles, c’est un peu une réserve naturelle de riches. Le Thoiry du Rotary, si vous voyez. La vieille noblesse un peu en panne y côtoie donc l’ancien pauvre que la presse pipole nomme Nouveau Riche. On apprend vite à les reconnaître, d’ailleurs. Et bien figurez-vous que ces derniers temps j’ai fait un constat qui m’a laissé comme deux ronds de flanc : le 4*4 devient ostensiblement noir, dans les rues de par chez eux. Avec vitres fumées, genre tuning pré-ado. Une épidémie : en un an, à vue de nez, il n’y a plus de 4*4 que de cette allure, distante et menaçante.

Et alors ? me direz-vous. On voit bien que vous ne fréquentez pas de Le Quesnoy, vous. La famille des petits canards bleus marine qui sort de la messe à la queue-leu-leu le Dimanche, a horreur de l’ostensible vulgaire. Surtout quand celui-ci prend des allures de parade de petit chef de gang de banlieues sans particules. Alors je pose la question : que font donc tous ces « bons » pères (et mères aussi, d’ailleurs) de famille au volant d’engins tout droit sortis de l’univers du rappeur New-yorkais ?

Vous voulez que je vous dise : ça ce durcit. Tout simplement. Ça se radicalise, de ce côté-ci du fleuve. Et les photos de Martin Parr, cet après-midi, ne m’ont pas démenti : ça va pas bien se passer, cette histoire de chute de l’Empire.