Même si tout le monde sait bien que les corbeaux ne se trimballent pas avec un fromage dans le bec, la fable véhicule une mise en garde qui reste valable : les margoulins te piqueront ton claquos dès que tu te la pèteras un peu trop. Et ça, t’auras beau faire, ça marche à tous les coups. Les margoulins en savent quelque chose.

J'aime bien les mythes fondateurs.

Mais dans l’histoire du colibri qui montre l’exemple aux autres pour éteindre l’incendie de forêt, il y a deux où trois bricoles qui me gênent depuis que j’en ai entendu parler.

Admettons d’abord que, comme dans la forêt de Bambi, le feu aie pris de manière spontanée. Admettons. Pour avoir une chance de l’éteindre en s’unissant, les animaux (qui sont moins cons que la moyenne, tout de même) auraient plus tôt fait de tailler dare-dare une large trouée dans la forêt, où mieux, de foutre le feu eux-mêmes, de façon contrôlée, à un couloir de forêt sous le vent, histoire de retirer le plus gros des arbres de la voracité des flammes. Sacrifier un paquet d’arbres bien portants pour avoir une chance de ne pas regarder bêtement toute la forêt brûler.

Ça, c’est la seule chose qui marche à tous les coups.

Dommage que le colibri décide, au lieu de ça, d’entraîner tout le monde à une mort certaine.

Parce que non, définitivement non, ce n’est pas en jetant de l’eau dessus qu’on éteint un incendie de cette ampleur. Il suffit de visiter les landes pour s’en convaincre : l’expérience de feux de forêt y est ancienne, et ils savent bien que passé un moment, les canadairs les plus gros ne servent plus à rien. Question de vitesse de réaction en début d’alerte. C’est tout. Pour le reste, la forêt est quadrillée de larges trouées protectrices.

L’inverse de ce qu’a produit la mondialisation financière, où tout est imbriqué dans tout. « Nos » écoles et « leurs » bombes, indissociables dans le Grand Marché. Quand tu fous le feu là-dedans...

Si maintenant on considère que l’incendie est le fait d’un petit nombre de chacals, bien décider à s’en servir de paravent pour masquer le plus grand forfait de toute l’histoire de l’humanité, aller se jeter dans les flammes ne me parait pas non plus la bonne manière de leur faire rendre gorge.

Mais pour en arriver à les pointer vraiment du doigt, il faudrait déjà considérer « vraiment » que les catastrophes écologiques qui nous menacent sont intrinsèquement liées au système financier qui nous étrangle. Sous des tonnes de « vraies » bombes, soit dit en passant. Il faudrait, par exemple, se demander comment les « colibris pour la terre et l’humanisme » ont prévus de protéger leurs écoles et récoltes de la rapacité des armées mercenaires.

En gros : où sont nos armées mercenaires ? qui protègera nos têtes pendant que nous éduquerons nos enfants et sèmerons nos champs ? quand commençons-nous à construire nos pares-feu, nos trouées protectrices ? en coupant quels arbres ?

Après ça, il sera toujours temps de se demander « quoi faire ».

D'ailleurs, on sait : l'amour, à poil sous la lune.