Le problème initial

Les femmes qui ont un travail salarié sont moins payées que les hommes. Globalement (chiffres 2006, Source Observatoire des inégalités / Ministère du travail. Elles touchent en moyenne 27% de moins (autrement dit, ils touchent 37% de plus).
Les femmes travaillent 5 fois plus souvent que les hommes à temps partiel, les hommes font plus d'heures supplémentaires. Ces différences expliquent une partie de la différence. Mais si on compare seulement les temps plein, les femmes gagnent encore 19% de moins.
Si l’on tient compte des différences de poste (cadre, employé, ouvrier), d’expérience, de qualification (niveau de diplôme) et de secteur d’activité (éducation ou finance) environ 10 % de l’écart demeure inexpliqué. Le poids de la « simple » discrimination.
De plus, les femmes avec enfants sont plus à temps partiel et plus au chômage ou inactives.

La conséquence logique de ces faits est que les retraites des femmes sont nettement inférieures à celles des hommes. En 2004 (source INSEE / Drees) les femmes touchaient en moyenne 55% de moins que les hommes (692 vs 1535). Pour les carrières complètes, "seulement" 36% de moins (1027 vs 1603).


La solution institutionnelle jusqu'à aujourd'hui

Faire semblant de lutter contre les inégalités de retraite (imaginons ce qu'elles seraient sans cette correction...) en accordant des MDA, majoration de durée d'assurance pour enfants.
Dans la fonction publique, 6 mois sont offerts à la mère, plus la période d'interruption jusqu'au 3 ans de l'enfant, offerte au père ou à la mère. Dans le privé, 2 ans sont offerts aux mères à chaque naissance (sans condition d'interruption de carrière, en simple « compensation » des inégalités). C'est le privé qui nous intéresse aujourd'hui.


Le nouveau problème

En février 2009, la cour de Cassation a accordé à un père le droit de bénéficier de ce dispositif. Et le gouvernement craint d'autres procès. De plus est inscrite dans les directives européennes « l'égalité de traitement hommes-femmes en matière de prestations sociales ».

D'où la nécessité de changer les règles. Ce que le gouvernement veut faire à l'occasion de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2010 qui sera discutée fin septembre. Les modalités ne sont pas encore totalement définies mais accorder les mêmes droits aux pères serait « trop cher » (ça coute 6 milliards pour les mères, on peut compter plus du double pour les pères, mieux payés). J'ajouterais bien que ce serait absurde, si la mesure est destinée à compenser des inégalités, elle doit être inégalitaire. Le gouvernement se dirige plutôt vers 1 an cadeau à la mère et 1 an à répartir entre père et mère (à leur choix ou en fonction des interruptions d'activité)

Les syndicats commencent à couiner qu'il est hors de question de réduire les droits des femmes.


Mais

La MDA enferme les femmes dans la responsabilité des enfants et entérinent les inégalités en les compensant (très mal). Deux raisons pour ne pas la défendre. Et lutter plutôt contre les inégalités de salaire et de retraite et contre l'assimilation femmes-mères.

Par exemple en supprimant et les emplois à temps partiel et le chômage de masse par une réduction massive du temps de travail. En exigeant que les emplois à temps partiel soient occupés à parité par des hommes et des femmes. En interdisant les heures supplémentaires. En augmentant les salaires.

En aidant la parentalité (seulement par souci des humains petits et grands, ni pour favoriser la natalité, ni pour aider « les femmes »). Congé parental à prendre à parité (en dehors du congé de maternité lié à l'événement physique évidemment). Développement des moyens de garde d'enfants (et pas au détriment de l'école pré-élémentaire).

Bien sûr, tout cela ne touchera pas à la partie de la différence de salaire purement due à la discrimination. Ni à l'idée répandue que les femmes sont naturellement destinées à s'occuper des enfants. Il reste toutes les mesures d'éducation, de formation, de sensibilisation à l'égalité. Tout le boulot de déconstruction du sexisme et de lutte contre le patriarcat à faire tout le temps et partout.