Je lis la presse alternative, extrême-gauchisante, anarchisante, même Politis, j'ai l'esprit large. Elle a en général la caractéristique d'être masculine :
- il n'y a pas ou peu de femmes à la rédaction
- il n'y a pas ou peu de femmes dans les sujets
- il n'y a pas ou peu de femmes dans les illustrations
- il n'y a pas ou peu de sujets féministes.

Les horreurs de la pauvreté sont décrites au masculin (alors que tout le monde sait que les plus pauvres et victimes sont les femmes), celles du racisme d'État nous parle des hommes (et des enfants, c'est attendrissant les enfants)

Je me suis résignée à ce fait (bien que je couine intérieurement à chaque nouveau numéro) mais parfois c'est trop et j'ai le temps.

Alors je fais un inutile courrier.

Cher Fakir

Je viens d'acheter ton troisième numéro national. Dans les deux premiers, j'ai trouvé que ça manquait de femmes, dans l'équipe, dans les illustrations, dans les sujets traités (à part Laurence Parisot mais c'est peu satisfaisant, tu en conviendras). J'ai bien noté la présence de Aline, "la petite main" mais c'est plutôt une confirmation du constat précédent, avec tout le respect que je peux avoir pour ses tâches essentielles.

Il y a aussi Agnès, en "journaliste", j'ai arrondi les comptes. Et la petite main femelle au milieu d'une équipe de mecs, c'est plus caricatural ;-))

Évidemment, c'est pas parce qu'on veut changer le monde, même radicalement qu'on doit forcément être sensible à la cause féministe. Les exemples sont nombreux.

Alors je me résignais à un journal mono-genre.

Dans ce numéro, y'a une illustration avec une femme. Page 18. Ben, tu sais quoi, je préfère quand y'en n'a pas.

Le numéro en question a pour sujet la CGT, monde de couillus s'il en est. Bien que je pense qu'avec un effort on doit trouver des boîtes de femmes en lutte, ou le secrétaire général n'est pas allé non plus. Je vous raconte l'illustration (à peu près, le journal est à la Cantine et pas moi). Un type dit à sa femme "Je pars faire la révolution", elle, devant son évier et avec un tablier répond "En rentrant, n'oublie pas de rapporter le pain". C'est vachement drôle, non ? Non !

Ça ne m'empêchera pas de continuer à t'acheter (je m'abonne pas, j'aime bien aller traîner à la maison de la presse et te pêcher tout en haut, entre Rivarol et CQFD). Ni de continuer à te mettre à disposition des client-es sur la petite table de presse de mon petit resto.

Mais quand même... je regrette.

Comme je suis une gentille fille, je te mets pas la réponse...Le genre de réponse de quelqu'un d'intelligent qui me fout le blues.
Achete Fakir quand même, c'est pas pire, en la matière, que CQFD ;-))

Pourquoi insister pour une reconnaissance des femmes et de leurs oppressions quand on milite pour qu'arrive un jour l'abolition de la pertinence sociale de la distinction homme-femme ? Simplement parce qu'on n'arrivera pas à l'égalité de considération et de traitement en niant ou ne prenant pas en compte les injustices d'aujourd'hui.
Et ce n'est pas juste que ce combat politique soit laissée aux seules féministes et femmes. L'antiracisme, voire même la lutte contre l'homophobie sont infiniment plus relayés par les défenseurs de l'anticapitalisme.
Ça vous déprime pas... des fois ?

Y'a du soleil, et des oiseaux, je vais promener les chiens. En faisant bien attention, c'est l'ouverture de la chasse :-((