Ça me dégoûte
Ça m'abjecte
Ça me terrorifie
Ça m'engerbe
Ça me déplaît
J'ai éssayé.
Impossible.
Pourtant, par crises, ça me dévore, des fois ...

Comment écrire à une ordure ?


Lui dire son fait, lui cracher à la gueule
Moi qui ai été élevé dans de l'exigence morale, civique, constitutionnelle et digne
en un mot comme en 1000 : par des républicain-es de gauche sincères et honnêtes
dans le style d'avant-guerre,
laïques et tout ?
(Quoi ? Tu rigoles ?
Sorry, si on choisit pas sa famille, en l'occurence, j'aurais pu tomber beaucoup plus mal. Amen)

MERDRE !

Mais comment écrire à cette ordure ?

Ça m'obligerait presque à apostasier.
Toutes mes croyances.
A l'être humain, à la vie, à l'amusement et la fantaisie,
à l'enfance, à la poésie, la musique,
la tendresse et l'amitié ...
Mais ça je ne peux pas. Non et non.
Ces trucs sont toute la croyance que j'ai.

Croyez ce que vous voulez, au fond, peu importe,
mais si vous ne croyiez vraiment à rien, vous seriez immobiles et minéraux
un peu comme des statues du Bouddha,
sans pour autant avoir rien de leur majesté ou de leur vertu
(plus ou moins imaginaire (mais quand-même))
d'apaisement ou de profondeur.

Et me voilà tournautourdupotant comme un imbécile
(peut-être ''parce qu'imbécile'',
empli de donquichottitude grandiose,
totale et désintéressée) ...


Résumons.
En bref, je ne peux pas écrire de lettre à des porcs qui gouvernent, non point parce qu'ils gouvernent
(on pourrait rêver -je l'ai fait, quelques temps, étant jeune-
au sujet des gens occupant ces emplois,
rêvé qu'ils soient bons, honnêtes sincères, et blabla...)
mais simplement à cause de ceci :
Je peux parler à un chien, à un chat, à un cochon
(un vrai, le pachyderme rose classique quoi, dont je mange encore honteusement les saucisses),
je marmone même quelques mots, grognons mais sans véritable animosité,
quand je vire des araignées de mon trou à moi,
je peux encore apprivoiser une poule, un rat,
et, à une autre échelle,
je peux blaguer avec le marchand de tabac et la caissière de SuperU,
j'ai même eu récemment un bout de dialogue parfaitement humain avec un homme qui avait le costume et les attributs officiels d'un gendarme, ça témoigne, ça, non ?
je peux même tenter la causette avec un cheval (bête fort peu connue en mes parages)
et je ne manque jamais la politesse, passant auprès d'un pré, avec un mouton ou une vache,
bref, c'est te dire si je suis poreux, question barrière des espèces,
pas fier pour un sou, je t'assure,
j'ai dépassé ce stade depuis que j'ai compris combien l'abandon de la jalousie et du mépris
pouvaient fournir aux chauves-souris de mon beffroi bien de la vacance morale,
et m'ouvrir à de tendres et joyeuses rencontres, avec de la vraie reconnaissance dedans,
par dessus le marché;

Mais à ceux-là ?
A cette clique de porcs vulgaires, riches, incultes, méprisants, pietineurs de piétaille, déshonnêtes, putassiers,
ultra-puritains par devant à la mesure exacte où ils sont obscènes par dessous,
menteurs, haineux, pingres,
encore plus riches que tout à l'heure,
fiscalement boucliés à 50%, (mais en rien limités à palper 200 fois ou plus la paie du tâcheron ou de la bonniche),
je te parle des VRAIS,
les vrais porcs
ceux qui font banquiers, ministres, marchands de cimetières, de Voici,
brailleurs de doxa unique et de débats bidons,
artistes devenus rentiers des trois ficelles qui un jour inflammèrent leurs chiffres de vente
-la véritable mesure de la gloire, y paraît-
hadopistes en rut, vampires de peuple, briseurs de grèves, tazeristes virtuoses,
vigiles étouffants de chez Carouf, procureurs à charge contre Vincennes en feu,
antiburqistes aussi intégristes que leurs velus fantasmes
(qui cracheraient plus facilement sur une femme voilée que de risquer à son adresse, la croisant par hasard,
un simple "Bonjour Madame",
et entendre peut-être sa voix à elle, compensant l'invisibilité de son visage, sa VOIX, qui serait son visage du moment)
bon, mais il y 'en a d'autres, des gorets infâmes, ne mélangeons pas (trop) tout,
ce n'est pas LA mafia, ni LA junte, ni LES criminels, non
ils procèdent arlequinesquement de tout cela à la fois
gros navions exorbitants,
(d'occase, quand-même, y paraît : le dictateur est un modéré)
colonnes de flics à l'avenant, et ils ont sous leur cul toute une arborescence,
à chaque niveau, tout est prévu,
préfets, petits chefs,
flics arrondissant leurs fins de mois en déportant de l'afghan, en outrage-à-agent
taupe ''technique'' ajoutant l'alinéa qui va bien au bon moment dans la loi
pour éviter de justesse l'interdiction pure et simple de la Sciento dans le pays,
....
en fait c'est à un tigre de papier fournissant complaisamment l'écran général de tout ça que je voulais écrire,
une bonne vieille salve de merde, et d'insultes,
histoire de laisser parler les ancêtres de mes illusions défuntes
(y z'en sont morts aussi, à force, tant-mieux, ils ne voient pas la descente de ce temps)

"Mourir c'est pas facile..."
et gnagnagnagnagna

Sombre idiot : jamais depuis 70 ans le populo n'a tant rêvé de faciliter la tâche aux gens de ta sorte
Qui donc l'a provoqué ?

Mais on n'écrit pas à Guignol, ni au Père-Noël, ni à Zébulon, à nos âges,
ni à ''fortiori'' à un parvenu grotesque et abject dont il faut taire le nom,
en attendant de le désamorcer pour de bon.

Je vis dans un pays où il est interdit par la loi de sourire sur la carte d'identité nationale
(la carte de quoi, tu dis ?),
ce fameux papier plastifié qui autorise le souchien de base à survivre ici,
tandis qu'on en mégotte, trop souvent jusqu'au sang, un ersatz provisoire aux immigré-es.

Il est officiellement obligatoire de faire la gueule sur ce document.
(ton ausweiss, pour parler en français désuet,
mais y a un revival, y semble)
Ce n'est rien, ça,
rien du tout,
qu'un tout petit symbole,
pfff
un petit signe infime bourré de signification jusqu'à la gueule du canon.

....

Ecoute, camarade, on ne peut pas reprocher à la littérature ou la musique leur impuissance à empêcher
les catastrophes infâmes que s'infligent les humains.

Ce serait comme reprocher à une unité de soins palliatifs de n'avoir jamais prolongé la vie de personne.

Or, l'art c'est ça, ce n'est que ça :
des soins palliatifs.